« Au Bade-Wurtemberg, les salariés ont accepté… – Usine Nouvelle

L’économie allemande redémarre fort, notamment dans le land de Bade Wurtemberg, une des régions les plus prospères du pays.
Dans ce bastion de l’industrie où Daimler emploie 90 000 salariés, Bosch 50 000, et où les grosses PME performantes comme Trumpf sont légions, le chômage n’a pas dépassé 6% pendant la crise. Il vient de redescendre à 4,7%.
L’Usine Nouvelle a rencontré, à Stuttgart, Jörg Hoffman, dirigeant pour le Bade Wurtemberg du puissant syndicat IG Metall. Pour interroger ce syndicaliste, qui est aussi administrateur du groupe Daimler, sur les clés du modèle social allemand. Et le redécollage de l’industrie. Le tout en français.

(…)

Justement, quelle est la situation de l’emploi ici ?

Les commandes repartent fort et l’emploi aussi. Lors cette crise, l’emploi n’a reculé que de 5%. Aujourd’hui, le taux de chômage dans le land est à 4,7%, soit en dessous du niveau de 2005, et moins encore pour les jeunes. Au plus fort de la crise nous n’avons atteint que 5,9%, ce qui était maitrisable. Il y a eu, bien sûr, les mesures du gouvernement pour stabiliser les banques, la prime à la casse, le plan de relance et le kurzarbeit (temps partiel). Mais cela résulte aussi des accords collectifs entre les partenaires sociaux et d’un état d’esprit partagé sur la nécessité de gérer la crise en commun. L’idée de conserver les salariés le plus possible en situation d’emploi a vraiment dominé.

Quel a été l’état des relations sociales pendant la crise ?

Pour comprendre ce qui vient de se passer, il faut faire un retour en arrière. Notre industrie a déjà connu une grave crise de 1992 à 1994. La production avait alors baissé de 22%. L’emploi en production a plongé alors dans les mêmes proportions et ces postes ont été perdus pour toujours. Ce fut une expérience marquante lors de  la négociation ensuite des accords collectifs entre syndicats et patronat. Car les employeurs ont connu, eux aussi alors, une très mauvaise expérience.  Lors du redémarrage, ils eurent à affronter un grave manque de personnel qualifié. Cela les a freiné dans leur croissance. De plus, les licenciements massifs avaient donné une image désastreuse de l’industrie auprès des jeunes notamment. En 1994, ici à Stuttgart les demandes pour entrer dans les écoles techniques ont baissé jusqu’à 80% ! Nous avons mis dix ans pour regagner de l’attractivité dans nos secteurs. Certes, cette fois-ci la production a chuté jusqu’à 50%, mais la situation est totalement différente puisque l’emploi, je vous l’ai, dit n’a reculé que de 5%. Et cela on peut le regagner.

Comment cela s’explique ?

Dans le land de Bade Wurtemberg, les partenaires sociaux ont conclu des accords très importants en 2005 dans l’industrie. Le dispositif principal est le « compte temps », c’est-à-dire la modulation horaire dans l’entreprise. C’était une réponse à la volatilité des commandes dans des secteurs très exportateurs. Avec un deal simple entre les employeurs et syndicats : la flexibilité contre sécurité de l’emploi. C’est ce qu’IG Metall a signé avec Südwest Metall (le patronat NDR). L’amplitude, déclinée au niveau de chaque entreprise, peut aller jusqu’à, plus ou moins, 300 heures par an. Sur un horaire annuel de 1500 heures environ, cela donne presque 20% de flexibilité. Et les entreprises ont l’obligation de jouer sur cette flexibilité avant d’envisager d’autres mesures, licenciements ou autre.

Lorsque nous avons conclu cet accord, le patronat était très satisfait car il était très marqué par les pénuries de main d’œuvre et la perspective d’avenir lié à notre faible démographie. Auparavant nous avions un système où l’on pouvait réduire les horaires jusqu’à 30 heures par semaine mais avec une baisse de salaires linéaire.

Lors du choc initial de la crise de l’automne 2008, ce nouveau système fut très important car les employeurs n’ont pas réagi en licenciant dans l’urgence. Nous avons eu du temps pour gérer la situation pendant plus de 6 mois.

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