[AUDIO] Saga Mulliez : du fil à tricoter aux hypermarchés – LaVoixEco.com

A l’origine de l’empire Mulliez, la laine. Et un couple, Louis et Marguerite Mulliez-Lestienne, propriétaires d’un petit atelier de retordage de laine rue de l’Alma, à Roubaix. Le couple, marié en 1900, fonde sa réussite sur le commerce de la laine entre grossistes et bonnetiers de chaque côté de la Manche. L’affaire prend de l’importance avec la création des Filatures Saint-Liévin en 1923 à Wattrelos, en partenariat avec Jules Toulemonde, un cousin.

Parmi les onze enfants du couple, Louis et Gérard Mulliez-Cavrois, « les Frères Mulliez », participent à l’essor de l’entreprise familiale. Leur objectif : court-circuiter les intermédiaires de la filière de la laine. C’est chose faite dans les années 30, époque où la famille contrôle l’ensemble de la chaîne de fabrication du fil à tricoter, et investit dans de nouvelles filatures.

Phildar, premiers pas dans la distribution

Une étape supplémentaire est franchie en 1943 : les Mulliez décident de se passer des grossistes et de vendre directement leur laine au consommateur. Ils lancent leur premier magasin « Les Textiles d’Art », ensuite baptisé « Au Fil d’Art ».

C’est l’ancêtre du réseau de franchise « Phildar » que Gérard Mulliez-Cavrois développe à partir de 1956. La famille y vend des pelotes de laine mais aussi des tricots, produits finis à plus forte valeur ajoutée, investit dans de nouvelles usines, et ouvre des boutiques Phildar en Allemagne, Pays Bas, Italie et Espagne. Avant d’étendre encore sa gamme de produits : du fil à tricoter, les Mulliez se lancent dans la lingerie, les chaussettes, puis la moquette avec la fondation de Textile Saint Maclou en 1963 par Gonzague, fils de Louis Mulliez-Cavrois.

Lancement du premier magasin Auchan en 1961

Les Mulliez prennent définitivement le virage de la distribution en 1961 avec l’ouverture de leur premier magasin Auchan. A 30 ans, Gérard Mulliez fils a pour projet d’ouvrir une grande surface libre-service alimentaire.

Son idée révolutionnaire lui vient des Etats-Unis, où ce type de commerce a le vent en poupe, et où il se rend en voyage l’année précédente. Gérard Mulliez père, y avait lui-même rencontré lors d’un séminaire en Arizona en 1960 l’homme d’affaire colombien Bernardo Trujillo, chantre du libre-service. Le fils convainc son père de lui confier l’usine située au 203, avenue Motte dans le quartier des Hauts-Champs (d’où le nom de l’enseigne) à Roubaix, et se lance dans l’aventure.

Après des premières années difficiles – 200.000 francs de pertes la première année selon Bertrand Gobin, animateur du blog Mulliez consacré aux activités de la famille nordiste – Gérard part rendre visite à ses principaux concurrents (les magasins Leclerc et Carrefour) pour apprendre leurs ficelles. Le fondateur d’Auchan y apprend deux choses essentielles : comment mieux négocier avec ses fournisseurs, et le principe du discount. Sa nouvelle règle: « Vendre à de plus en plus de gens, ensuite des prix bas et encore des prix bas ». Le salut d’Auchan viendra ainsi du whisky, vendu à prix cassé en tête de gondole, qui dope le bouche-à-oreille, et la fréquentation de sa grande surface.

1970-1980 Expansion de la galaxie Mulliez

Après l’installation d’Auchan sur le site historique de Roubaix, Gérard Mulliez passe à la vitesse supérieure et ouvre un magasin de 6000 m² à Roncq en 1967, puis un autre de 13000 m² à Englos en 1969. Dans les années 70 et 80, de nouveaux magasins Auchan apparaissent sur tout le territoire national.

Le magasin d’Englos, installé sur de vastes terres agricoles en bordure de l’autoroute Lille-Dunkerque, devient la forteresse Auchan, à partir de laquelle l’empire se construit : c’est à côté de cet hypermarché que sort de terre en 1969 une galerie marchande de 25000m², prête à accueillir les nouvelles enseignes lancées par des membres de la famille. L’idée : profiter de la clientèle de la « locomotive Auchan » pour lancer les enseignes satellites. Norauto s’installe ainsi sur le parking d’Englos en 1970, le restaurant libre-service Flunch en 1971, le premier magasin Décathlon en 1976, ou encore la marque de jouet Picwic en 1977.
La galaxie Mulliez grossit aussi en dehors d’Englos : en 1972, un cadre de Phildar, Christian Leroy, lance Pimkie. En 1978, Patrick Mulliez, le plus jeune frère de Gérard, inaugure ses grandes surfaces de vêtements Kiabi à Roncq, en 1979 Thierry Mulliez lance Pizza Paï et Franky Mulliez la première agence Kiloutou l’année suivante. En 1987, le directeur du Auchan d’Aubagne Alain Mitaux ouvre le magasin de meubles en kit baptisé Alinéa.

Dans cette série de succès, un revers, avec l’enseigne Miniper lancée en 1979 : Gérard Mulliez échoue dans sa tentative d’importation du modèle allemand du hard discount, et Miniper disparaît en 1985. Peu après, Aldi et Lidl, sur le même modèle allemand des produits sans marques à bas prix, connaissent pourtant un grand succès dans l’Hexagone.

Rachats et prises de participations

La famille, par le biais d’Auchan, fait son entrée dans le capital de Leroy Merlin, à hauteur de 50% en 1980. La même année, c’est au tour de Décathlon de tomber dans le giron de l’AFM, l’association des actionnaires de la galaxie Mulliez (lire ci-contre): l’enseigne, qui appartient à Michel Leclerq, un cousin, connaît alors des difficultés financières. Les Mulliez se portent à son secours, contre 44% de son capital. En 1982, la famille acquiert 45% des Trois Suisses, puis 65% de Boulanger en 1986, et enfin 17% de Sonepar, spécialiste de la distribution de matériel électrique en 1988.

Gérard Mulliez tourne ensuite son regard vers les banques, et rachète en 1987 la banque Delort, future Banque Accord: « Il a compris que le crédit à la consommation constitue un métier voisin du sien. Présenter aux clients une offre large, c’est bien. Leur proposer en sus le financement à la carte, c’est mieux », écrit Bertrand Gobin.

Abandon des activités industrielles

Dix ans après la fermeture de plusieurs usines Phildar en 1979, la famille abandonne peu à peu ses activités industrielles : en 1989, les Mulliez revendent à leur associés, les Toulemonde, leurs actions des Filatures Saint-Liévin, patrimoine historique de la famille.

Les années 80, ce sont aussi la consolidation des différentes branches du groupe, comme dans le secteur de la restauration, baptisé Agapes, qui regroupe les enseignes Flunch ou Pizza Paï. Dans le textile, Pimkie s’installe définitivement dans le paysage, avec environ 200 magasins en 1992. Décathlon poursuit sa « success story », se lance dans la production en 1986, avec ses premiers vélos siglés, et s’exporte à l’étranger, avec un premier magasin en Allemagne.

Les Mulliez ont moins de réussite avec Boulanger, ou Picwic, qui enregistrent des pertes. Mais c’est Phildar qui pose le plus de problèmes : la famille conserve son réseau de magasins mais abandonne la production au Belge Verbeke et à l’Union Textile Européenne.

Cap vers l’international

Dès 1981, Auchan était parti à la conquête de l’Espagne avec deux magasins à Vigo et Saragosse, sous le nom « Alcampo ». Dans la décennie suivante, les choses s’accélèrent : les marges de progression des marchés étrangers font rêver les distributeurs français. En 1996, Auchan rachète Docks de France (Mammouth, Atac) et reprend Pao de Açucar, en inaugurant ses premiers hypermarchés au Portugal, sous l’enseigne Jumbo.

L’année suivante, il rachète à la famille Agnelli ses magasins Rinascente en Italie, opération achevée en 2004. Parallèlement, Gérard Mulliez continue d’ouvrir des supermarchés à l’étranger, en Pologne (1996), Hongrie (1998), Chine (1999) ou Russie (2002). Le groupe multiplie les partenariats à l’étranger, comme avec ONA au Maroc ou encore RT Mart en Chine en 2001.

En 2009, le groupe Auchan réalise pour la première fois plus de la moitié de son chiffre d’affaires à l’étranger.

Le virage Internet

Gérard Mulliez teste parallèlement de nouveaux modes de consommation, avec l’arrivée d’Internet, en lançant Auchandrive en 2000. Le concept : commander ses courses en ligne et venir les récupérer sur un point de vente. En 2004 naît Chronodrive, lancé par Martin Toulemonde et Ludovic Duprez, le petit-fils d’Ignace Mulliez. Intégrée au groupe Auchan, la nouvelle enseigne qui a son siège dans le fief familial de Croix, s’appuie sur ses propres hangars de stockage. En juin 2010, dernière innovation en date : le groupe Auchan se lance dans la vente de voiture sur Internet.

En 2006, événement d’importance dans l’histoire du groupe : Vianney Mulliez remplace Gérard Mulliez, âgé de 75 ans, à la tête d’Auchan. La transition s’opère dans un contexte plus difficile pour le groupe, concurrencé en France par le hard-discount. D’autres enseignes familiales connaissent des difficultés, à l’image de la marque de prêt-à-porter Pimkie, qui annonce un plan social en 2009. Fait rare dans l’histoire des Mulliez, ses salariés conduisent un long mouvement de grève.

Mais la dynamique familiale est toujours en marche : la famille fait son entrée en 2006 sur le marché de la téléphonie mobile ; en 2009, Hughes Mulliez, fondateur des magasins informatiques Youg’s, rachète la chaîne Surcouf et prévoit de s’installer à Lille.

En réponse au hard-discount, les Mulliez lancent début 2010 leur propre enseigne à prix cassés, l’hypermarché Pribas. La dernière tendance dans la distribution est de réinvestir les centres-villes ? Le groupe Auchan réplique avec ses Auchan city, d’une surface réduite (4000m²) avec un premier magasin à Tourcoing en septembre 2010. Sans pour autant abandonner son goût pour le gigantisme : le groupe a inauguré en 2009 l’ « hyper hyper » Auchan de Vélizy dans les Yvelines, de 19 700 m², le plus gros magasin de sa flotte.

En 2008, les Mulliez ont détrôné Bernard Arnault au poste de « plus grosse fortune professionnelle de France », selon le magazine Challenge, avec un patrimoine estimé à 21 milliards d’euros. Un titre conservé en 2009, même si les chiffres d’affaires de la galaxie Mulliez – non cotée en bourse – restent difficiles à estimer de façon précise. La famille observe toujours la même discrétion, fidèle au vieil adage « Le bruit ne fait pas de bien, le bien ne fait pas de bruit ».

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